Elisabeth Baume-Schneider reçoit une pétition munie de 67’000 signatures. Dans la foulée de l’Australie, la Suisse va-t-elle introduire un âge limite?
Nina Fehr Düsel (UDC/ZH) est conseillère nationale, mais aussi maman de deux enfants de 9 et 10 ans. Ce jeudi matin, elle quitte précipitamment le Palais fédéral pour se rendre au Département fédéral de l’intérieur (DFI). Elle enfile alors un t-shirt sur lequel on voit un pouce levé barré d’un trait rouge et ce slogan: «Les likes ne sont pas un droit de l’enfant. Les réseaux sociaux, à partir de 16 ans.»
Avec d’autres citoyens, Nina Fehr Düsel est là pour remettre une pétition à Elisabeth Baume-Schneider, patronne du DFI. Le texte demande d’introduire un âge limite pour l’utilisation de Facebook, TikTok, X et compagnie. «Évidemment, c’est une responsabilité des parents. Mais face aux dangers et au risque d’addiction, il faut que l’État fixe un cadre», explique la Zurichoise.

Les signatures ont été remises au DFI.
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Et elle n’est pas la seule à le penser. «Nous avons récolté 67’000 signatures en cinq mois seulement», s’exclame une des personnes présente. Une force de frappe qui montre qu’une initiative populaire serait à portée de main. Est-ce leur but? «Notre pétition se poursuit. Lancer une initiative fait partie des pistes à analyser, explique Nina Fehr Düsel. Mais il y a d’autres moyens d’arriver à nos fins, si nous ne sommes pas entendus. Par exemple, déposer avec des collègues d’autres partis des motions identiques.»
Un problème d’addiction
Si le dépôt de cette pétition est inédit, la question d’instaurer un âge limite pour l’utilisation des réseaux sociaux n’est pas nouvelle. Depuis que l’Australie a franchi le pas l’an dernier, le projet revient constamment sur la table en Suisse, mais aussi dans d’autres pays européens.
Les auteurs de la pétition, eux, rappellent quelques chiffres alarmants. En moyenne, les jeunes suisses passent trente-deux heures par semaine sur les réseaux sociaux. Un jeune sur cinq subit du cyberharcèlement. Les réseaux sociaux augmentent de 70% le risque de dépression. Quant au suicide, il est la première cause de décès chez les 15-24 ans.

Nina Fehr Düsel (UDC/ZH).
Tamedia AG
Et les auteurs de s’interroger: «Comment exiger la responsabilité des enfants alors même que les adultes peinent à résister?» Et de rappeler qu’il existe des limites d’âge pour l’alcool, le tabac et les jeux d’argent, précisément parce qu’il existe un risque d’addiction. Outre une interdiction aux moins de 16 ans, ils exigent une vérification obligatoire de l’âge par les plateformes et une stratégie nationale de prévention et d’éducation.
Elisabeth Baume-Schneider est prête à faire un rapport
Interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes? La population suisse y est en tout cas très favorable. Selon un sondage Tamedia (éditeur de ce contenu) publié en novembre 2024, 78% des personnes interrogées aimeraient un âge minimum légal fixé à 16 ans. Et que l’on compare les sexes, les âges, les catégories socioprofessionnelles ou les régions du pays, l’instauration d’un âge minimum recueille partout plus de trois quarts d’opinions favorables.
Il faut dire que, plus tôt dans l’année, en mars 2024, Addiction Suisse publiait une étude qui montrait que huit garçons sur dix et neuf filles sur dix âgés de 15 ans allaient tous les jours sur les réseaux sociaux. Et qu’une minorité non négligeable en faisait un «usage problématique». En Suisse, cela concernait, en 2022, 10% des filles et 4% des garçons. Des chiffres en hausse par rapport aux derniers relevés de 2018.
Le coup de pression mis ce jour par les pétitionnaires aura-t-il un effet? À Berne, en tout cas les autorités semblent prêtes à empoigner le problème. Face aux risques liés à la santé psychique des jeunes et à leur exposition aux réseaux sociaux, les services d’Elisabeth Baume-Schneider ont déjà dit qu’ils étaient prêts à mener une étude.
Voilà ce qu’ils répondaient au début de cette année à la sénatrice Céline Vara (Les Verts/NE) qui demandait d’analyser la question. «Interdire ou restreindre l’utilisation des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 16 ans est une question discutée. L’impact de l’utilisation des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes est sujet à débat. Le Conseil fédéral est prêt à analyser la situation de plus près dans un rapport.»